Deuxième partie : l’Italie : Dix années de subversion (1968-1977)


  • IX. Une interprétation du mouvement italien, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Nous reprenons ici quelques points du mouvement italien afin d’en donner un éclairage plus général en le confrontant à la fois au Mai-68 français et à notre époque, c’est-à-dire avec le recul que nous a laissé le temps pour en faire une lecture-bilan. Le sens de l’auto-organisation Pour nous, l’autonomie est inséparable d’une situation, à la fois objective et subjective. Objective d’abord en ce qu’elle nécessite une possibilité d’affirmation du pôle travail face au capital, c’est-à-dire une remise en cause (...)

  • VIII. 1978-1982 : Le début de la fin, Jacques Wajnsztejn, Jacques Guigou

    Les 13 et 14 février 1978, les trois grands syndicats ouvriers établissent le programme dit de l’EUR, qui prévoit la réduction du coût du travail et l’auto-réglementation du droit de grève. La politique du sacrifice et de l’austérité doit être acceptée par tous. Les ouvriers répondent à cette injonction de façon défensive, d’abord par une indifférence aux mots d’ordre de grève syndicaux, par exemple pour la mort de Moro pendant laquelle semblait régner dans Mirafiori, une atmosphère de consentement passif ; (...)

  • VII. La question de la lutte armée, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Les sources antifascistes de la lutte armée Le résistancialisme Ces sources sont au contraire profondément ancrées dans la société italienne moderne. Ainsi, Alberto Franceschini, l’un des trois fondateurs des BR, raconte son rite de passage, avec un vieux partisan italien, un de ces anciens résistants du PCI qui avaient refusé de rendre les armes et voulaient continuer la guerre jusqu’à la révolution. À la fin de la rencontre, l’ancien partisan lui remet un pistolet automatique. De même, une ancienne (...)

  • VI. Le mouvement de 1977, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    1968 n’a pas été comme 1977. 1968 a été contestataire, 1977 a été radicalement alternatif. Pour cette raison, la version officielle présente 68 comme le bon et 77 comme le méchant ; en fait, 68 a été récupéré alors que 77 a été anéanti. Pour cette raison, 77 ne pourra jamais, à la différence de 68, être un objet de célébration facile721. Les racines de 1977 La rupture avec le mouvement ouvrier traditionnel et ses organisations 1968-1969 d’une part et 1977 de l’autre constituent les deux extrémités d’un (...)

  • V. Du développement d’une violence diffuse à la lutte armée, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Nous séparons cette question de celle de la lutte armée proprement dite pour ne pas tomber dans le piège qui serait de faire une distinction nette entre les deux, alors qu’il s’agit, pour nous, de souligner que c’est un processus qui traverse tout le mouvement italien et que le passage d’une forme à l’autre n’était en rien obligé. Nous nous refusons donc à faire le distinguo entre, ce qui aurait été une bonne violence diffuse d’un côté et une mauvaise lutte armée de l’autre, sous prétexte que la première (...)

  • IV. Une extension du domaine de la lutte : Le mouvement des autoréductions, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    C’était bien autre chose, l’action convulsive dont tu me parlais et qui contenait, d’après ce que tu disais, une part du monde futur […]. C’était une façon de se battre. On ne demandait pas d’être d’accord avec un projet, mais de s’engager dans les luttes. Il y eut des maisons vides qu’on occupa, des loyers qu’on ne paya plus, des quittances d’électricité brûlées dans la rue. On entravait les mesures de rétorsion, coupures de courant, expulsions. On avait cessé de payer les additions, on arrivait à exiger. (...)

  • III. La poursuite de l’offensive (1972-1974), Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Les luttes ouvrières À nouveau Fiat (septembre 1972–avril 1973)573 Pendant les vacances de l’été 1972, la direction de Fiat met au point une contre-offensive avec augmentation du travail forcé et licenciement d’ouvriers combatifs. Le 20 septembre c’est la grève générale avec comme moteur une puissante grève des métallos. La direction de Fiat répond en utilisant son syndicat-maison chargé d’organiser les « jaunes », les employés et la maîtrise. Les piquets de grève empêchent la plupart des assaillants de (...)

  • II. Le Biennio rosso (1968-1969), Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Le mouvement étudiant Le mouvement débute en janvier 1966 par l’occupation de l’Instituto Superiore di Studi Sociali de Trente puis l’année suivante à l’école normale de Pise, la Sapienza, à l’Université catholique de Milan et fin novembre 1967, à la faculté des sciences humaines de Turin. « L’Université négative » de Trente Tout d’abord, il faut signaler les caractères particuliers de cette université. Elle correspond à un projet de la Démocratie Chrétienne pour créer, dans une petite ville, une université (...)

  • I. Les prémisses théoriques du mouvement, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    Le débat philosophique des années soixante Ces années-là sont des années d’interrogation collective sur le sens d’une époque qui voit le déploiement de la techno-science à l’intérieur du système capitaliste et qui pose la question de la force sociale, qui incarne la puissance productive du savoir, c’est-à-dire le travail intellectuel en formation, les étudiants. La recherche théorique des années soixante est imprégnée d’une perspective humaniste vers laquelle convergent un marxisme critique rénové et une (...)

  • Italie, le maillon faible du capital, Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

    L’anomalie italienne Si la formation sociale italienne présente deux spécificités qui sont un développement inégal et une crise institutionnelle, elle n’est pas si éloignée de la situation du capitalisme international en général. Ce dernier connaît une tendance toujours plus poussée à la rationalisation du procès de production qui tend, au-delà des objectifs classiques de la taylorisation, à casser l’ancienne classe ouvrière, à diminuer la part des ouvriers dans la production par un processus de (...)